Quelques extraits significatifs :

 

Conférences devant le Rotary-Club de Douai, 31 janvier 2000, et devant le Rotary-Club de Douai-Val de Scarpe le 27 avril 2000.

  Sommaire  

·         1) De 1931 à 1939 : dès sa (…)

·         2) 1940-1944 : l’interdiction

·         L’après-guerre

Je voudrais tout d’abord vous remercier de l’accueil que vous me réservez ce soir. Certains d’entre vous me connaissent dans le cadre de mon activité professionnelle. Tant mieux s’ils découvrent maintenant une autre facette de mon personnage !

Francis Bassette vous a présenté mon parcours personnel. C’est au cours de mes travaux sur l’histoire des mouvements de jeunesse et plus spécialement du du scoutisme que j’ai été amené à m’intéresser à l’histoire des clubs-service et plus particulièrement à celle du Rotary.

C’est en effet en travaillant sur les milieux qui jusqu’en 1939 se sont opposés à la naissance puis au développement des associations scoutes en France que j’ai eu la surprise de découvrir que la même thématique était développée vis à vis du Rotary. Et ces dénonciations réapparaissent encore de temps à autres dans des milieux bien particuliers.

Pour ceux-ci, scouts, Rotary et quelques autres groupes sociaux ne sont que les éléments du vaste complot mondialiste qui constitue le côté caché de l’histoire pour reprendre le sous-titre titre d’un étonnant et volumineux ouvrage paru début 1999 [1]. Je vais donc vous présenter ce soir “le complot dont vous êtes les héros”. Je vous signale principalement trois ouvrages qui seront utiles à celles et ceux qui souhaitent approfondir le sujet :
- Claude Malbranke,
Le Rotary-Club en France sous Vichy, éditîons L’Harmattan, 1996. Claude Malbranke est membre du Rotary Club de Dunkerque et de la Commission historique du Nord [2]. Les notices de cet ouvrage consacrées aux clubs du Nord ont été publiées en 1995 dans le nº 2l-22 du bulletin de l’association Mémor.
- Adrien Loubier,
Le clubisme et les clubs, éditions Tradiffusion, Bulle (Suisse), 1996. Il s’agit d’une plaquette très hostile aux clubs, d’inspiration catholique intégriste.
- Fédération nationale catholique,
Les catholiques et le Rotary, sd, (1936). Nous allons revenir en détail sur cette brochure.

 1) De 1931 à 1939 : dès sa naissance, le Rotary se heurte à des oppositions farouches

Le Rotary-Club apparaît en France dès 1921. Il est donc le doyen des clubs service en France. Le Soroptimist International, club féminin, apparaît en 1924, fondé par le docteur Noël. Dans les textes polémiques, il sera souvent présenté comme la branche féminine du Rotary [3]. Les autres clubs n’apparaîtront qu’après la seconde guerre mondiale : 1948 pour le Lions-Club, 1950 pour la Table ronde, 1968 pour le Kiwanis… En 1939, il y a cent Rotary-clubs en France qui regroupent 3000 membres [4]. Dans notre région, le club de Lille s’est crée en 1927. Des clubs existent à Boulogne, Calais, Dunkerque, Saint-Orner, Valenciennes. Le club de Douai apparaîtra en 1948 [5].

Dès ses débuts, le Rotary-Club subit des attaques violentes provenant de deux milieux : l’Eglise catholique et les milieux antimaçonniques. ce qui est dénoncé est le caractère de parenté entre la franc-maçonnerie et le Rotary-Club. Si cette accusation peut aujourd’hui faire sourire, ce genre de commentaire est d’une grande importance dans la France des années 20 et 30. Il ne faut en effet pas oublier que la franc-maçonnerie est officiellement condamnée par l’Eglise catholique, qui pèse un poids considérable, depuis l’encyclique pontificale Humanum genus de 1884. Pour les catholiques, la franc-maçonnerie représente l’Adversaire … et vîce versa. Les élections législatives de mai 1924 ont conduit en France à la victoire du Cartel des Gauches rassemblant radicaux et socialistes. Celui-ci souhaite mettre en œuvre un programme de lois laïques remettant notamment en cause la concordat d’Alsace-Moselle, prévoyant la suppression de l’ambassade de France au Vatican et l’expulsion des congrégations. C’est donc dans une période de réelle tension que le Rotary-Club apparaît en France.

L’Eglise riposte en dénonçant l’action, réelle, de la franc-maçonnerie dans ce programme. Une brochure de AG Michel La dictature de la franc-maçonnerie démontrant que celle-ci domine le Cartel est ainsi publiée par Spes, le grand éditeur catholique et envoyée à tous les évêques. Ceux-ci encouragent la formation d’un grand mouvement catholique de résistance au programme du Cartel, la Fédération nationale catholique (FNC). Celle-ci, dirigée par le général de Castelnau, héros de la première guerre mondiale, déclenche de gigantesques manifestations. On comptera 30.000 manifestants à Saint-Brieuc en janvier 1925, 10.000 à Cholet, 80.000 à Nantes en mars 1925, 50.000 à Nancy ou à Angers en mars 1925, 75.000 à Marcq-en-Baroeuil, 100.000 à Landernau [6]. La FNC regroupera entre un et deux millions de membres et touchera 12 % de la population adulte masculine [7]. C’est donc une organisation de masse.

 

 

C’est en fait le principe de neutralité et de fraternité en dehors de toute dimension religieuse qui est ici reprochée. L’accusation portée est celle d’indifférentisme mettant toutes les religions ou révélations sur un même pied d’égalité. Il est facile de glisser alors vers la maçonnerie,

Ces critiques ne restèrent pas confinées à quelques cercles étroits, Le 4 février 1929, le Vatican prend officiellement position et interdit aux prêtres de faire partie du Rotary [21]. Le 23 janvier 1930, les évêques espagnols affirment : “Que les fidèles se gardent de donner leur nom de telles sociétés”. En France, le 21 juin 1929, l’archevêque de Bordeaux reprend la décision des évêques espagnols. Son texte est reproduit dans plusieurs Semaines religieuses [22]. En juin 1930, les évêques de Hollande affirment : “Nous estimons de notre devoir d’affirmer bien nettement que l’affiliation au Rotary n’est pas permise à un catholique.” La brochure de la FNC reproduit évidemment, en épigraphie sur sa couverture, de telles citations ! On remarquera quand même les nuances entre ces textes : celui du Vatican ne vise que les prêtres, ceux d’-Espagne et de Hollande visent tous les catholiques. D’autre part, l’accusation de collusion avec la franc-maçonnerie n’y apparaît pas directement. Mais cette çampagne sera à l’origine de démission dans certains clubs français : à Angers, à Boulogne sur Mer où les deux fondateurs démissionnèrent, à Dunkerque, Chartres, Amiens [23]…

Ces positions furent -celles de J’EgJise. Mais aux franges de celle-ci, des minorités bruyantes s’occupèrent d’amplifier encore ces déclarations. C’est principalement le cas de la Revue internationale des sociétés secrètes (RISS) de Mgr Ernest Jouin. Ce prélat, décédé en 1932, n’était nullement un marginal dans l’Eglise. Voici comment le décrit Emile Poulat, l’un des grands sociologues du catholicisme français : “Personnalité marquante et unanimement respectée, dont l’œuvre et l’action ont été louées et encouragées par Benoît XV et Pie XI, qui le nommèrent l’un prélat domestique et l’autre protonotaire apostolique, dont les funérailles furent présidées par le cardinal. Verdier et la biographie préfacée par Dom Cabrol, et dont on a pu proposer à Rome en 1957 la cause de béatification ” [24]. La RISS fut publiée de 1912 à 1939. Élément de l’intégrisme catholique, elle dénoncera inlassablement tous les ennemis de l’Eglise, unis au sein du complot judéo-maçoünique, en publiànt multiples documents à leur sujet afin de mieux les connaître pour mieux les combattre. Au premier rang des ennemis, se trouvent les Juifs [25], les francs-maçons, mais aussi les modernistes, au sens catholique du terme, et pêle-mêle, les nudistes, les ésotéristes, les partisans de la crémation des corps, les démocrates-chrétiens, les jésuites, les scouts, les rotariens… Si l’ensemble. laisse aujourd’hui le lecteur perplexe, la qualité de la documentation publiée par la RISS est réelle.

 

Le parallélisme des raisonnements de la RISS sur le scoutisme et le Rotary est frappant. Pour elle, ces deux institutions ont été fondées par des francs-maçons” [32], voulant agir de manière indirecte. Dans les deux cas, il s’agît d’organismes venus des pays anglo-saxons et protestants, organisés au plan international sans référence religieuse explicite. Il ne peut donc que s’agir de machines de guerre contre l’Eglise, d’éléments du complot antichrétien, ourdi depuis des sièges dans l’ombre par ses ennemis : les juifs, les francs-maçons, les protestants. Claude Malbranke publie d’ailleurs dans son livre [33] un autre document faisant apparaître le parallélisme scouts-Rotary. Il s’agit d’une note affirmant que “l’opération la plus insidieuse et la plus réussie de la franc-maçonnerie est le Rotary. Les jamboree [34] des scouts et le Rotary s’abritent sous la formule de la tolérance, vertu, cardinale du, vocabulaire maçonnique, pour servir.. de paravent au zèle infernal que les papes ont condamné et dénoncé dans les sociétés secrètes. Le Rotary-Club et beaucoup d’autres chausse-trappes sont des émanations directes en vue du noyautage de l’Eglise et de sa destruction. Rotary (rouage=roue) pour la mécanique d’encerclement de l’Eglise par l’union de toutes les religions et irreligions, pour la moraLe et la spiritualité.”

 

 

 

 

Notes

[1] Epiphanus Maçonnerie et sectes secrètes : le côté caché de l’Histoire, Publications du Courrier de Rome, 1999, 672 pages. Gigantesque fresque du complot ourdi depuis la nuit des temps par la gnose antique, la Cabale juive, les Rose-Croix, la franc-maçonnerie, les Illuminés de Bavière, Saint-Yves d’Alveydre, le socialisme, le communisme, les juifs, la Société Théosophique, René Guénon, les Nations-unies, le New-Age, la Trilatérale … et quelques autres. Le Rotary et les clubs-service y sont modestement dénoncés comme des “sociétés secrètes inferieures”, p 549-550. L’ouvrage est préfacée par Henry Coston, l’un des responsables de la chasse aux francs-maçons durant l’Occupation et auteur de nombreux ouvrages très documentés sur “le dessous des cartes”.

[2] Très peu de travaux d’histoire ont jusqu’à présent été consacrés à l’histoire du Rotary-Club. Le catalogue Opale-Plus de la Bibliothèque nationale de France n’en fait apparafîre que deux : celui de Claude Malbranke et celui de Marc Levin Histoire et histoires du Rotary, imprimerie Bosc frères, Oullins, 1995. Dans le genre pittoresque, Pierre Geyraud a consacré deux pages aux Rotariens dans Les sociétés secrètes de Paris, éditions Emile-Paul Frères, 1938, p 84-85.

[3] II n’est pas possible d’envisager ici l’histoire de ce club. Remarquons simplement qu’il jouera un rôle certain dans l’histoire du féminisme français. Voir Christine Bard, Les filles de Marianne, histoire des féminismes, 1914-1940, éditions Fayard, 1995, p 420-421. Nombre de ses membres seront des militantes en faveur du droit de vote des femmes. La branche féminine du Rotary est en fait apparue en 1924 avec la création en Grande Bretagne de l’Inner-Wheel, club féminin regroupant des femmes qui avaient pris des responsabilités du fait de la guerre de 1914-1918 ainsi que des épouses et des veuves de rotariens. Un club Inner-Wheel est implanté à Douai depuis 1984. La Voix du Nord, édition Douai, 15 mars 2000.

[4] Claude Malbranke, op. cité, p 50 et 60.

[5] Voir son historique dans Nord-Eclair, édition Douai, 15 mai 1998.

[6] Gérard Cholvy et Yves-Marie Hilaire, Histoire religieuse de la France contemporaine, tome 2, éditions Privat, 1986, p 286-287.

[7] Selon Corinne Bonafoux-Verrax qui vient de soutenir une thèse remarquée La Fédération Nationale Catholique, 1924-1940, IEP de Paris, 1999. Recension par Xavier Boniface dans la Revue d’histoire de l’Eglise de France nº 214, janvier-juin 1999, p 215-217. Je n’ai malheureusement pas pu consulter ce travail.

[8] Gérard Cholvy et Yves-Marie Hilaire, op. cité, p 287-288

[9] La franc-maçonnerie, ce qu’elle est, ce qu’elle n’est pas, FNC, sd (1932), par Verax. Sous ce pseudonyme, se dissimulait Jean Marquès-Rivière, homme de lettres, spécialiste de la spiritualité hindoue, franc-maçon de la Grand Loge de France ayant rompu la maçonnerie, devenu spécialiste de la lutte antimaçonnique. Verax publiera de nombreux articles antimaçonniques dans La France catholique. Durant l’Occupation, il verse dans la collaboration extrême, devenant rédacteur en chef de la revue officielle Les Documents maçonniques et réalisateur en 1943 le film Forces occultes dénonçant la franc-maçonnerie. A la Libération, il s’enfuit à l’étranger et sera condamné à mort.

[10] Les filiales de la franc-maçonnerie, la Ligue des Droits de l’Homme, ses cadres, ses sections, FNC, anonyme, sd, (1934).

[11] A.G Michel, La France sous l’étreinte maçonnique, FNC, sd, (1935). Voir annexe I. Ce livre apparaît comme un développement de la brochure du même auteur de 1924 La dictature de la franc-maçonnerie sur la France qui n’évoquait pas, elle, le Rotary-Club. Ce livre d’AG Michel aura une seconde édition en 1945. Selon le catalogue BNF Opale-Plus, cet auteur a également publié en 1924 une brochure anticommuniste La révolution par le communisme, ses debuts, Russie… France… ?

[12] Cotée 4- R Pièce- 3209 à la Bibliothèque nationale de France. Le catalogue BNF-Opale Plus donne la date du 10 juillet 1936, probablement pour le dépôt légal de cette brochure. Voir annexe 2.

[13] Faut-il donc considérer Marquès-Rivière comme l’auteur de ce pamphlet ? Dans son livre L’organisation secrète de la franc-maçonnerie, éditions Baudinière, 1935, il signale, p 178, le Rotary-Club comme un groupement professionnel de la franc-maçonnerie.

[14] Les Catholiques et le Rotary, op. cité, p 7. Un parallèle pourrait être dressé entre le code moral du Rotary et la loi scoute.

[15] Les Catholiques et le Rotary, op. cité, p 11.

[16] L’article écrit à propos d’un congrès du Rotary suisse : “Une motion protestant contre la persécution soviétique ayant été présentée, la majorité de l’assemblée refusa de la voter. Il ne fallait pas déplaire à Staline”

[17] L’1nner-Wheel est- manifestement inconnu par les critiques français du Rotary. Ceci s’explique probablement par le fait que ce club ne doit, à cette époque, qu’exister en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Ce n’est qu’en 1967 qu’il s’organise au plan international.

[18] Association paramaçonnique de fils et de filles de francs-maçons aux Etats-Unis.

[19] Les Catholiques et le Rotary, op. cité, p 21- 22

[20] Les Catholiques et le Rotary, op. cité :, p 24.

[21] Voir reproduction du texte latin des Acta Apostolicae Sedis, 6 février 1929, p 42 dans Claude Malbranke, op. cité, p 49. Texte en français dans la Revue internationale des sociétés secrètes nº 12, 24 mars 1929, p 298-299.

[22] Mais la Quinzaine religieuse de Savoie nº 29, novembre 1929, autorise les catholiques de la région à s’affilier au Rotary.

[23] Claude Malbranke, op,cité, p 48-50.

[24] Emile Poulat, Intégrisme et catholicisme intégral, éditions Casterman, 1969, p 282.

[25] La RISS joue un rôle de tout premier plan dans l’introduction en France, à partir de 1920, du célèbre faux antisémite Les Protocoles des Sages de Sion, ouvrage décrivant le complot juif mondial pour ruiner le monde chrétien. Mgr Jouin publiera de multiples études pour prouver l’authenticité de cet ouvrage, fabriqué en fait par la police politique du tsar de Russie au début du siècle. Voir Norman Cohn, Histoire d’un mythe, la conspiration juive et les Protocoles des Sages de Sion, éditions Gallimard, réédition Folio Histoire, 1992 et Pierre-André Taguieff, Les Protocoles des Sages de Sion, Faux et usages d’un faux, deux volumes, éditions Bers international, 1992.

[26] Baden-Powell, le fondateur du scoutisme est anglican. La méthode scoute se réfère à Dieu, qu’elle veut faire découvrir aux jeunes. Celui-ci n’est toutefois pas celui de telle ou telle religion. Il existe donc des scouts de toutes confessions religieuses. En Grande-Bretagne, la Boy-Scouts Association n’est liée à aucune religion. Des représentants de chaque grande religion lui sont attachés. En France, par contre, les associations scoutes se sont créées sur des bases strictement confessionnelles : association de scouts protestants, catholiques, juifs…

[27] RlSS nº 15, 1º-15 aoQt 1935, p 504-508. L’article est signé Jacques de Boistel que l’on retrouvera sous l’Occupation comme chef du Service des sociétés secrètes pour la zone Nord à partir d’octobre 1942. Voir annexe 3.

[28] RSS nº-5, 3 février 1929, p 134-1:43, avec des échos des activités des clubs de Dijon, Perpignan…

[29] RSS nº6, 15 mars 1933, nº13, 1er juillet 1933, 1er février 1934, nº8, 15 avril 1935, nº9, 1er mai 1935, nº10, 15 mai 1935, nº11, 1er juin 1935, nº12, 15 juin 1935.

[30] RlSS, partie judéo-occultisme, n°7, juillet-août-septembre 1932, p 152 : “Los Rotarios, sus tendencias en el orden social, moral y religioso, par Felipe Alonso Bàreena (éditions Razon y Fe, plaza de Santo Domingo, 14, Madrid). Nrous ne connaissons pas de meilleure critique de ce type d’infiltration maçonnique qu’est le Rotary-Club”.

[31] Ligue Franc-catholique, Vérités sur la pane-maçonnerie, "recueil de conférences données par le Cercle Ernest Jouin, 1º série, 1934. p 165 : ” Le Rotary-Club, né de pères maçons et dont les tendances sont à la fois agnostiques et internationalistes, qui ne se compromette pas dans une action purement maçonnique, mais prépare le terrain et sert de champ de recrutement ou, si l’on veut d’antichambre.” Le texte renvoie à la RISS du 15 mars 1933.

[32] Tant pour le scoutisme que le Rotary, il est remarquable de constater que dans les deux cas, la qualité, réelle ou supposée de franc-maçon de leur fondateur respectif est régulièrement évoquée. Voir Daniel Ligou, Dictionnaire de la pane-maçonnerie, Presses universitaires de France, 1987. P 1043, il signale que “Bien que le Rotary ait eté fondé en 1905-par un père américain, Paul Haras, de Chicago, il n’a aucun rapport avec la franc-maçonnerie.” p 1094-1095 ; il évoque le scoutisme et qualifie de “légende solidement établie” l’appartenance maçonnique de Baden-Powell. Il est en tout cas intéressant, de noter qu’un tel ouvrage de référence sur le franc-maçonnerie contient des articles sur le Rotary et le scoutisme !

[33] Claude Malbranke, op. cité, p 50-52.

[34] Réunion mondiale des scouts tous les quatre ans dans un pays différent.

[35] Claude Malbranke, op. cité, p 50.

[36] Claude Malbranke semble voir dans les mesures de perquisitions ou d’interdiction des Rotary l’effet de la loi du 13 août 1940. Il me semble plutôt qu’il faut y voir, au travers des témoignages qu’il a rassemblés, une initiative propre des Allemands. Aube parallèle avec les scouts : dès leur arrivée, les Allemands font entreprendre par les préfets un recensement des groupes scouts dans toutes les communes de zone nord.

[37] Il y a en fait en 1942 pas moins de cinq services différents de police antimaçonnique à Paris, français et allemands. Voir Pierre Chevalier, Histoire de la franc-maçonnerie française, éditions Fayard, 1975, tome 3, p 342. ”Dominique Rossignol, Vichy et les francs-maçons, éditions JC Lattès, 1981, p 146.

[38] Dominique Rossignol, Vichy et les francs-maçons, éditions JC Lattès, 1981, p 146.

[39] Interrogatoire de Robert Labat, 15 février 1945 ; Cité par Lucien Sabah dans son livre documenté et foisonnant, Une police politique de Vichy, le Service des Sociétés Secrètes, éditions Klinsieck, 1996, p 176. Le procès du SSS se déroulera du 25 novembre au 5 décembre 1947. Robert Labat est condamné aux travaux forcés A perpétuité, à la confiscation de se biens, à la dégradation nationale et est déchu de l’ordre de la Légion d’Honneur. Il meurt au camp d’internement de Noé le 14 septembre 1947 lors d’une tentative d’évasion. Sa mort déclenchera une révolte de tous le camp, la capture des gardiens et l’évasion de 50 prisonniers politiques. A ses côtés, avaient comparu lors de son procès d’autres personnes déjà évoquées dans cette conférence : Jacques de Boistel, (15 ans de travaux forcés), Jean de Verchères, (15 ans de travaux forcés), Bernard Fay (travaux forcés à perpétuité), Robert Vallery-Radot, (en fuite), tous deux dirigeants des Documents maçonniques. Jean Marquès-Rivière sera condamné à mort lors d’un autre procès le 1er juin 1949.

[40] Paris-Presse, 29 novembre 1946 cité par Dominique Rossignol, op. cité, p 156.

[41] En Allemagne, le Rotary a été interdit à partir de 1937. Dès 1932, la presse nazie y dénonce l’influence juive. Voir Claude Malbranke, op. cité, p 29-35.

[42] Lucien Sabah, op. cité, p 176 pour ces deux notes.

[43] Lucien Sabah, op. cité, p 109 et p 127.

[44] Voir d’autres exemples de celle littérature dans Claude Malbranke, op. cicé, p 53, p 381-382.

[45] Curieusement, Claude Malbranke, op. cité p 46, affirme que le Rotary n’est pas mentions dans cette liste alors qu’il figure bien.

[46] Henri Du Moulin de Labarthète, Le temps des illusions, souvenirs, (juillet 1940-avril 1942), A l’enseigne du Cheval ailé, Genève, 1946, p 278. Ouvrage qualifié par l’historien américain Robert O. Paxton, l’un des grands spécialistes de Vichy de “livre aussi tendancieux qu’agréable”. Du Moulin fait plusieurs erreurs dans ce passage. Le décret est du 27 février 1941 et non de mars 1941. Il interdit la Grande Loge Nationale Indépendante, le Droit Humain et la Société Théosophique. D’autre part, le Grand-Orient et la Grande Loge de France ont été interdit dès le 19 août 1940 et non pas en mars 1941 comme il l’écrit. On peut donc se demander à la lecture de ce texte si l’interdiction du Rotary ne figurait pas dans le projet initial du décret du 27 février 1941.

[47] Voir Claude Malbranke, op. cité p 336-337 pour l’activité rotarienne de l’amiral Barlan au sein du club de Saint-Malo. Pierre Chevalier, op. cité, p 357-358 reprend à L’Histoire de la collaboration de Saint-Paulien la description de l’entrevue en mars 1942 entre Laval et Henry Coston, dirigeant du Centre d’action et de documentation, l’un des cinq services anti-maçonniques. Laval veut à tout prix que Coston trouve un document prouvant que Darlan est franc-maçon. Son appartenance au Rotary est un début de preuve qu’il cherche à compléter.

[48] Voir Claude Malbranke, op. cité, p 42.

[49] Voir La Documentation catholique nº 1087, 28 janvier 1951, colonnes 69-70. Le canon 684 dispose : “Il faut encourager les fidèles à faire partie des associations érigées par l’Eglise ou du moins recommandées par elle. Qu’ils évitent, au contraire, les sociétés secrètes condamnées séditieuses, suspectes ou celles qui s’efforcent de se soustraire à la légitime surveillance de l’Eglise”.

[50] La Documentation catholique, nº1088, 11 février 1951, colonnes 128 à 136. Claude Malbranke, op. cité, p 58.

[51] Claude Malbranke, op. cité, p 57 et p 338-339.

[52] CIaude Malbranke, op. cité, p 50 et p 255.

[53] La Documentation catholique, nº1768, 15 juillet 1979, citée par Adrien Loubier, Le clubisme et les clubs, éditions Tradiffusion, Bulle, 1996. Le texte de cette brochure est d’abord paru en plusieurs parties dans le bulletin Sous la Bannière nº59, mai-juin 1995, nº 60, juillet-août 1995 et nº 62, novembre-décembre 1995.

[54] Epiphanus dans Maçonnerie… op. cité, p 549, évoque même l’appartenance de Jean-Paul II au Rotary et se désole de la présence parmi les rotariens italiens de cinq cardinaux, dix archevêques, dix-neuf évêques et de nombreux prélats.

[55] Voir annexe 4.

[56] Et c’est sur la base de l’accusation de naturalisme qu’un procès fut intenté aux Scouts de France, en 1924, par les intégristes catholiques au Vatican, Quelques interventions judicieuses permirent d’éviter une condamnation du jeune mouvement.

[57] Action Familiale et Scolaire nº104, décembre 1992 et nº113, juin 1994. L’AFS est issue des réseaux de l’Office international, mouvement catholique contre-révolutionnaire qui fit beaucoup parler de lui durant la guerre d’Algérie. Lectures Françaises nº 453, janvier 1995, a consacré toute une page de critique très favorable à cette publication.

[58] Page 571 dans l’édition 1999.

[59] Voir Christian Plume et Xavier Pasquini, Encyclopédie des sectes dans le monde, éditions Alain Lefeuvre, 1980, p 384-385 pour le Rotary et p 400 pour le scoutisme ; Jean-Pierre Bayard, Le Guide des sociétés secrètes, éditions Philippe Lebaud,1989, réédition 1997, p 205-208 pour les clubs-service et p 17 pour le scoutisme. D’autres ouvrages plus ou moins sérieux consacrés aux sociétés secrètes évoquent alternativement le scoutisme ou le Rotary.

[60] Henry Coston, toujours très informé, affirme dans son Dictionnaire de la politique française, Publications Henry Cossa, tome 1, 1967, p 941, que l’un des plus actifs rotariens français et qui fut quelque temps gouverneur du Rotary français fut Ulysse Fabre, vénérable de la loge La Cité Future d’Orange. Claude Malbranke, op. cité, p 92-93, confirme son engagement maçonnique et rotarien. Il fut gouverneur du 49e district pour l’année rotarienne 1934-35.

[61] On pourrait a contrario se demander quelle proportion représentent les protestants au sein du Rotary, eu égard à l’origine anglo-saxonne du club et l’importance de la réussite personnelle pour ceux-ci.